Fer, hydratation, Aclasta, parfois un antibiotique : de plus en plus de perfusions qui nécessitaient autrefois un lit d’hôpital peuvent aujourd’hui se faire chez soi. Mais toutes les perfusions ne se valent pas, et « à domicile » ne veut pas dire « sans cadre ». Voici ce qui est réellement possible, qui la pose, comment ça se passe, et ce qu’il faut vérifier avant d’accepter.
Qu’est-ce qu’une perfusion à domicile
Une perfusion à domicile consiste à administrer un produit médicamenteux ou une solution (fer, sérum physiologique, antibiotique, biphosphonate…) directement chez le patient, plutôt qu’à l’hôpital ou au cabinet. Le cadre officiel en distingue trois voies d’administration : veineuse (par un abord central ou périphérique), sous-cutanée, ou péri-nerveuse, et trois modes de perfusion : par gravité, par diffuseur portable, ou par système actif électrique (pompe ou pousse-seringue)[1]. C’est ce cadre, fixé par un arrêté du 12 avril 2016, qui organise la prise en charge de la perfusion à domicile depuis le 1ᵉʳ mai 2016[1].
Dans tous les cas, une perfusion à domicile se réalise sur prescription médicale et suppose une évaluation préalable de la faisabilité : le produit, le matériel nécessaire, et la capacité de l’infirmier ou de l’entourage à surveiller correctement la séance. Le cadre réglementaire de la profession infirmière est actuellement en cours de refonte, avec un décret du 24 décembre 2025 qui fait basculer la liste des actes autorisés d’une logique d’énumération vers une logique de compétences[3] : les grands principes ci-dessous restent valables, mais un point de détail peut évoluer d’ici la stabilisation complète de la réforme.
Quelles perfusions sont réalisables à domicile
Toutes les perfusions ne présentent pas le même niveau de risque, et c’est ce qui détermine si un infirmier libéral peut intervenir seul ou si le passage par une hospitalisation à domicile (HAD) s’impose.
| Type de perfusion | Contexte | Qui peut la réaliser | Point de vigilance |
|---|---|---|---|
| Fer par voie intraveineuse | Carence martiale (anémie) quand le fer par comprimés est inefficace ou mal toléré[5] | Infirmier libéral, dans un cadre sécurisé | Risque de réaction d’hypersensibilité : les moyens de réanimation doivent pouvoir être mobilisés pendant et après la perfusion[4] |
| Hydratation (hypodermoclyse) | Déshydratation modérée, souvent chez une personne âgée ou en soins palliatifs | Infirmier libéral, technique sous-cutanée | Aussi efficace que la voie veineuse pour une déshydratation modérée, avec moins de risque infectieux[7] |
| Aclasta (acide zolédronique) | Ostéoporose à risque élevé de fracture, une perfusion par an[6] | Infirmier libéral, sur prescription du médecin traitant ou du spécialiste | Acte ponctuel et annuel, à distinguer d’un traitement au long cours |
| Antibiothérapie lourde, chimiothérapie | Traitements normalement réalisés à l’hôpital | Généralement via une structure d’HAD, pas un infirmier libéral isolé | Encadrement spécifique exigé : protocoles écrits, astreinte médicale, formation dédiée[8] |
Les perfusions de produits d’origine humaine (immunoglobulines notamment) suivent une logique proche : celles qui n’exigent pas de contrôle d’identité et de compatibilité immédiat peuvent être réalisées à domicile par un infirmier, tandis qu’une transfusion sanguine, qui impose qu’un médecin puisse intervenir à tout moment, reste hors du champ d’un simple passage infirmier libéral[9].
Infirmier libéral ou hospitalisation à domicile : qui fait quoi
C’est la confusion la plus fréquente : beaucoup de familles ne savent pas si la perfusion prescrite relève d’un simple passage infirmier ou d’une organisation plus lourde. La différence tient à l’intensité et à la fréquence des soins, pas au seul fait qu’il s’agisse d’une perfusion.
| Infirmier libéral | Hospitalisation à domicile (HAD) | |
|---|---|---|
| Pour quels produits | Fer, hydratation, Aclasta, immunoglobulines sans contrôle immédiat requis | Chimiothérapie, antibiothérapie lourde, nutrition parentérale, transfusion[10] |
| Qui prescrit | Médecin traitant ou spécialiste, ordonnance classique | Médecin traitant ou équipe hospitalière, avec avis du médecin coordonnateur de la structure HAD |
| Surveillance | Passage de l’infirmier sur le temps de la perfusion, joignable par téléphone ensuite | Permanence infirmière et médicale organisée 7 j/7 et 24 h/24[10] |
| Facturation | Acte infirmier classique, remboursé par l’Assurance Maladie selon la nomenclature en vigueur | Comme une hospitalisation classique, sans le forfait journalier |
Notre article sur l’hospitalisation à domicile en pratique détaille l’éligibilité, la prescription et le déroulé de ce second cas. Pour les soins infirmiers courants organisés en équipe, la différence avec un service de soins infirmiers à domicile (SSIAD) est expliquée dans notre comparatif des trois dispositifs.
Comment se déroule une perfusion à domicile
Deux ordonnances distinctes sont nécessaires : l’une pour le produit à perfuser (destinée au patient, au pharmacien ou au prestataire, et à l’infirmier), l’autre pour les soins infirmiers eux-mêmes, précisant la durée de la cure[2]. Pour être complète, l’ordonnance doit mentionner le nom du produit, l’horaire, la durée et la fréquence des séances, la voie d’abord (veineuse, sous-cutanée, péri-nerveuse) et le mode d’administration (gravité, diffuseur, pompe), ainsi que la date de début et la date de fin, ou la durée totale de la cure[2].
Une fois l’ordonnance en main, le patient (ou son entourage) contacte un infirmier libéral, qui évalue la faisabilité à domicile : accès à une pièce adaptée, présence possible d’un tiers en cas de besoin, matériel à livrer par une pharmacie ou un prestataire. La perfusion elle-même dure de quelques minutes (biphosphonate) à plusieurs heures (hydratation, certains antibiotiques), selon le produit et la vitesse d’administration prescrite.
Coût et prise en charge
Les actes de perfusion réalisés par un infirmier libéral sont remboursés par l’Assurance Maladie selon la nomenclature en vigueur, avec un système de forfaits fixé par arrêté depuis 2016[1]. Comme pour tout soin infirmier, une part reste à la charge du patient, sauf situation d’exonération (affection de longue durée en lien avec les soins, par exemple). Nous n’indiquons pas de montant précis ici : les tarifs et les forfaits évoluent, et se vérifient auprès de sa caisse d’Assurance Maladie ou sur ameli.fr au moment de la prescription. Pour l’hospitalisation à domicile, la prise en charge suit les règles d’une hospitalisation classique, ce que nous détaillons dans notre article dédié. Un autre acte infirmier courant à domicile, la prise de sang, suit la même logique de mention obligatoire sur l’ordonnance pour que le déplacement soit remboursé.
Sécurité : ce qu’il faut vérifier avant d’accepter une perfusion à domicile
Une perfusion, même courante, n’est pas un geste anodin : elle expose à un risque d’infection au point de ponction, de phlébite, ou, pour certains produits comme le fer intraveineux, à une réaction d’hypersensibilité qui peut être sévère[4].
À vérifier avant la séance
- Un lieu adapté : une table ou un fauteuil stable, pas une installation de fortune sur un canapé ou un accoudoir.
- Une présence possible pendant toute la durée de la perfusion, pas seulement au moment de la pose.
- Un moyen d’alerter rapidement l’infirmier ou les secours en cas de malaise, de douleur ou de gonflement au point de ponction.
- Le matériel prescrit et livré à l’avance, pour éviter une pose improvisée avec ce qui se trouve sur place.
Un dossier analysé par la MACSF illustre concrètement pourquoi ces conditions comptent : une perfusion de fer réalisée à domicile dans une installation de fortune, sans surveillance pendant une vingtaine de minutes, a provoqué une fuite du produit hors de la veine et une séquelle cutanée durable. La responsabilité en a été attribuée à l’infirmier, chargé d’apprécier lui-même si les conditions à domicile permettaient une prise en charge sûre[11]. Le principe qui en ressort vaut aussi pour le patient et ses proches : en cas de doute sur les conditions de sécurité, mieux vaut reporter ou réorienter vers un cabinet ou un centre de soins plutôt que d’insister pour un maintien à domicile.
Quand demander de l’aide
Pendant ou après une perfusion à domicile, certains signes doivent alerter sans délai : fièvre, frissons, gonflement ou rougeur qui s’étend autour du point de ponction, douleur inhabituelle, malaise. Dans ce cas, contactez l’infirmier qui a réalisé le soin, votre médecin traitant, ou les services d’urgence si les symptômes sont marqués.
Visitadom met en relation avec des infirmiers, kinésithérapeutes et ostéopathes référencés sur la plateforme, en dehors du cadre de l’hospitalisation à domicile qui relève de structures dédiées. Nous ne réalisons aucun soin nous-mêmes et ne garantissons ni délai ni disponibilité : l’évaluation de la faisabilité d’une perfusion à domicile reste seule la décision du professionnel de santé qui la réalise.
Trouver un infirmier à domicile
En bref
- La perfusion à domicile se réalise sur prescription médicale, avec deux ordonnances distinctes : une pour le produit, une pour les soins infirmiers.
- Toutes les perfusions ne se valent pas : fer, hydratation et Aclasta relèvent en général d’un infirmier libéral, tandis que la chimiothérapie ou une antibiothérapie lourde passent typiquement par une hospitalisation à domicile.
- Le lieu et la surveillance comptent autant que le produit perfusé : un cadre sécurisé et une présence possible pendant la séance réduisent le risque d’incident.
- La prise en charge suit la nomenclature de l’Assurance Maladie depuis 2016, sans montant fixe à annoncer à l’avance : le tarif exact se vérifie auprès de sa caisse.
Questions fréquentes
Peut-on faire une perfusion de fer à domicile sans risque ?
Le fer intraveineux expose à un risque de réaction d’hypersensibilité, parfois sévère, ce qui impose que les moyens de réanimation soient mobilisables pendant et après la perfusion[4]. C’est à l’infirmier d’évaluer si les conditions à domicile permettent cette sécurité ; en cas de doute, un cabinet ou un centre de soins reste préférable.
Faut-il une ordonnance spécifique pour une perfusion à domicile ?
Oui, deux ordonnances distinctes sont nécessaires : une pour le produit à perfuser, une pour les soins infirmiers précisant la durée de la cure[2]. Nous détaillons les mentions obligatoires et la durée de validité d’une ordonnance de soins infirmiers dans un article dédié.
Une chimiothérapie peut-elle se faire à domicile par un infirmier libéral ?
Rarement de façon isolée : elle exige un encadrement spécifique (protocoles écrits, astreinte médicale, formation dédiée) qui relève typiquement d’une structure d’hospitalisation à domicile plutôt que d’un infirmier libéral seul[8].
Sources et références
- Ameli.fr (Assurance Maladie), « Prise en charge de la perfusion à domicile » (mis à jour le 7 janvier 2022, arrêté du 12 avril 2016), ameli.fr.
- OMEDIT Île-de-France / URPS Pharmaciens PACA, « Formulaire de prescription de perfusion à domicile » (2016), omedit-idf.fr.
- Légifrance, décret n° 2025-1306 du 24 décembre 2025 relatif à la profession d’infirmier, legifrance.gouv.fr.
- ANSM, résumé des caractéristiques du produit Ferinject (carboxymaltose ferrique), ansm.sante.fr.
- HAS, avis de la Commission de la transparence, « Ferinject, carence martiale » (8 mars 2024), has-sante.fr.
- HAS, avis de la Commission de la transparence, « Aclasta, acide zolédronique monohydraté » (29 avril 2009), has-sante.fr.
- OMEDIT Centre-Val de Loire, « Perfusion sous-cutanée (hypodermoclyse) », omedit-centre.fr.
- HAS, « Chimiothérapie injectable : quelles sont les conditions de son développement en hospitalisation à domicile (HAD) ? », has-sante.fr.
- Ordre national des infirmiers, « Position sur la réalisation d’injections et de perfusions de produits d’origine humaine » (10 juillet 2025, mis à jour le 2 septembre 2025), ordre-infirmiers.fr.
- Pour les personnes âgées (CNSA / ministère chargé de la Santé), « L’HAD (hospitalisation à domicile) » (mis à jour le 5 avril 2024), pour-les-personnes-agees.gouv.fr.
- MACSF, « Pose de perfusion à domicile : sécurité et surveillance » (9 janvier 2026), macsf.fr.
Cet article a une visée informative et ne remplace pas un avis médical. Pour toute question sur une situation personnelle, rapprochez-vous de votre médecin traitant ou de l’infirmier qui suit vos soins.
Sur le même sujet
- L’hospitalisation à domicile en pratique : qui peut en bénéficier, comment ça se déroule
- SSIAD, HAD, SPASAD : comprendre les trois dispositifs de soins à domicile
- Aide à domicile, auxiliaire de vie, aide-soignant, infirmier : qui fait quoi
- Prise de sang à domicile : ordonnance, tarifs et prise en charge
- Ordonnance pour des soins infirmiers à domicile : ce qu’elle doit mentionner
- Trouver un infirmier à domicile
- Trouver un praticien à domicile avec Visitadom