Votre proche vient de tomber, ou vous l’aidez chaque jour à passer du lit au fauteuil : dans les deux cas, un mauvais geste peut aggraver sa chute ou vous coûter le dos. Il existe une conduite à tenir claire pour une chute, et des règles simples de posture pour un transfert quotidien : nous les détaillons ici, dans le cadre fixé par l’Assurance Maladie, sans remplacer une vraie formation aux gestes et postures.
De quoi parle-t-on : deux situations à ne pas confondre
« Relever » et « transférer » recouvrent deux gestes différents, avec des règles différentes :
- Relever un proche après une chute est une situation d’urgence potentielle : il faut d’abord évaluer si l’on peut agir seul, avant de songer à un geste précis.
- Transférer un proche du lit au fauteuil est un geste répété plusieurs fois par jour, hors urgence : c’est là que la posture de l’aidant compte le plus, car c’est elle qui use le dos sur la durée.
Ce sont deux sujets liés (le même proche fragile, souvent la même journée) mais deux logiques distinctes, que cet article traite l’une après l’autre.
À qui s’adresse cet article
Aux aidants familiaux qui accompagnent au quotidien un proche âgé ou en perte de mobilité : conjoint, enfant, voisin. Pas aux professionnels de santé, qui disposent de leur propre formation en manutention. Si votre proche est alité en permanence, incapable de participer au mouvement, ou pèse un poids que vous ne pouvez pas mobiliser seul, ce n’est plus un geste d’aidant : c’est le moment de demander un lève-personne ou l’intervention d’un professionnel (voir plus bas).
Chute d’un proche : évaluer avant d’agir
La première erreur, relevée par l’Assurance Maladie, est de vouloir relever quelqu’un trop vite, par réflexe. Avant tout geste, évaluez la situation1 :
- Est-ce que la personne vous répond, reste consciente et cohérente ?
- A-t-elle mal quelque part, en particulier à la hanche, au poignet ou à la tête ?
- Peut-elle bouger ses bras et ses jambes sans douleur vive ?
Cette évaluation change tout ce qui suit.
Si la personne peut être aidée à se relever
Elle répond, n’a pas de douleur vive et peut bouger : vous pouvez l’accompagner, sans jamais la porter à bout de bras. La méthode recommandée12 :
- Aidez-la à se retourner sur le côté, puis à s’appuyer sur ses avant-bras.
- Faites-la passer à quatre pattes, en plaçant un genou au sol si elle en a la force.
- Approchez un meuble solide et stable (fauteuil, chaise, jamais une table à roulettes) : elle prend appui dessus des deux mains.
- Elle se redresse lentement en poussant sur ses jambes, pas sur vous : votre rôle est de stabiliser, pas de soulever.
- Une fois debout, laissez-la se rasseoir avant tout déplacement.
Même sans gravité apparente, une consultation médicale reste recommandée après toute chute, pour vérifier l’absence de séquelle et comprendre la cause de la perte d’équilibre1.
Si la personne ne doit pas être relevée
Douleur vive, incapacité à bouger un membre, confusion, ou simplement un doute : ne tentez pas de la relever seul. La conduite officielle13 :
- Appelez le 15 (SAMU), le 18 (pompiers) ou le 112 depuis un mobile.
- En attendant les secours, couvrez la personne pour éviter le refroidissement.
- Faites-la bouger doucement les bras et les jambes si elle le peut, pour la circulation.
- Ne la déplacez pas si vous soupçonnez une fracture, sauf danger immédiat (feu, par exemple).

Transférer un proche du lit au fauteuil : protéger votre dos au quotidien
Ce geste se répète plusieurs fois par jour : c’est sa répétition, plus que sa difficulté ponctuelle, qui use le dos de l’aidant. Trois principes suffisent à changer beaucoup de choses.
Préparer avant de bouger
- Placez le fauteuil tout près du lit, freins bloqués, idéalement à un angle plutôt que face à face.
- Amenez la personne en position assise au bord du lit, pieds bien à plat au sol.
- Retirez ce qui encombre le passage entre le lit et le fauteuil.
La posture qui protège votre dos
Pliez les jambes, gardez le dos droit, et gardez la personne le plus près possible de votre corps : c’est la règle qui revient dans toutes les recommandations de manutention. Écartez les pieds pour un meilleur équilibre. Le geste clé est le pivot : faites tourner la personne sur un point d’appui fixe (ses pieds, ou un disque de transfert) plutôt que de la soulever et de la porter. Tournez avec vos pieds, jamais en torsion du buste seul : c’est cette torsion, répétée, qui abîme le dos sur la durée.
S’appuyer sur des aides techniques
Un disque de transfert, une ceinture de transfert ou un drap de glisse ne sont pas un renoncement : ils divisent l’effort réel, en réduisant la friction ou en offrant une prise sûre. Dès que le transfert devient difficile à deux, ou que la personne ne participe plus du tout au mouvement, un verticalisateur ou un lève-personne cesse d’être une option de confort pour devenir une nécessité : au-delà d’un certain poids et d’une certaine dépendance, aucune posture ne protège durablement un dos qui porte seul.
Ce que ça coûte et ce qui peut être pris en charge
Des formations gratuites aux gestes et postures existent pour les aidants familiaux, financées par la CNSA. L’Association Française des Aidants propose six modules (dont un consacré aux gestes du quotidien), en présentiel ou à distance, sans frais4. D’autres structures locales, souvent via un CLIC ou un point d’information dédié aux personnes âgées, organisent des séances pratiques animées par un kinésithérapeute ou un ergothérapeute sur la manutention et le relever après chute5 : renseignez-vous auprès du vôtre, les modalités et la gratuité varient selon la structure.
Côté matériel, un lit médicalisé, un lève-personne ou un disque de transfert peuvent faire l’objet d’une prescription médicale et d’une prise en charge partielle par l’Assurance Maladie, sur la base de la liste des produits et prestations (LPP). Le taux exact et les conditions dépendent de votre situation (affection de longue durée ou non) : demandez le détail à votre médecin, à votre pharmacien ou au prestataire de matériel médical, plutôt que de vous fier à un chiffre trouvé en ligne.
Pièges fréquents
- Porter la personne à bout de bras plutôt que de la faire pivoter en appui : c’est ce qui blesse le plus souvent les deux, l’aidant et la personne aidée.
- Courber le dos au lieu de plier les jambes, réflexe le plus répandu et le plus coûteux à long terme.
- Insister pour relever quelqu’un qui a mal ou ne répond pas normalement, en pensant bien faire : c’est justement le cas où il ne faut pas relever, et appeler les secours.
- Continuer seul un transfert devenu trop difficile, par habitude ou pour ne pas déranger, jusqu’à l’épuisement ou la blessure.
Quand demander de l’aide
Un ergothérapeute peut évaluer le logement, préconiser les bonnes aides techniques et former concrètement aux gestes de transfert adaptés à votre proche. Un kinésithérapeute intervient utilement après une chute, pour retravailler l’équilibre et la marche et réduire le risque de récidive. Un SSIAD ou un infirmier à domicile peuvent prendre en charge une partie de la toilette et de la mobilisation quotidienne quand le transfert seul n’est plus tenable. Visitadom vous met en relation avec des praticiens à domicile, sans garantir ni délai ni disponibilité : c’est un point de départ, pas une prise en charge immédiate.
Trouver un praticien à domicile
En bref
- Face à une chute : évaluer avant d’agir. Si la personne répond et peut bouger sans douleur, l’aider à se relever en s’appuyant sur un meuble. Sinon, ne pas la relever et appeler le 15 ou le 18.
- Pour un transfert lit-fauteuil : plier les jambes, garder le dos droit, pivoter plutôt que porter, et s’appuyer sur les aides techniques dès que l’effort devient difficile.
- Des formations gratuites aux gestes et postures existent, financées par la CNSA : ne pas rester seul avec ce risque.
- Ces gestes ne remplacent pas une formation professionnelle : en cas de doute, demandez conseil à un ergothérapeute ou un kinésithérapeute.
Questions fréquentes
Peut-on relever seul une personne âgée qui a chuté ?
Seulement si elle vous répond, n’a pas de douleur vive et peut bouger sans difficulté. Dans le doute, ou en cas de douleur, il ne faut pas la relever : appelez les secours et couvrez-la en attendant.
Faut-il être deux pour un transfert lit-fauteuil ?
Ce n’est pas systématique, mais c’est plus sûr dès que la personne participe peu au mouvement ou que le transfert devient pénible pour l’aidant seul. Au-delà, un lève-personne est la solution durable.
Comment se former aux bons gestes sans payer ?
Des modules gratuits existent, financés par la CNSA, notamment ceux de l’Association Française des Aidants. Votre CLIC ou point d’information local peut aussi organiser des séances pratiques avec un kinésithérapeute ou un ergothérapeute.
Une chute sans blessure apparente nécessite-t-elle un avis médical ?
Oui : même sans gravité visible, une consultation permet de vérifier l’absence de séquelle et de comprendre la cause de la chute, pour limiter le risque d’une récidive.
Sources & références
- Ameli.fr, « Comment réagir en cas de chute lorsque l’on est âgé ? », mis à jour le 28/05/2025.
- Ameli.fr, « Comment prévenir les chutes des personnes âgées ? »
- pour-les-personnes-agees.gouv.fr, « En cas d’urgence », mis à jour le 05/06/2025.
- pour-les-personnes-agees.gouv.fr, « Des formations pour les aidants de personnes âgées », mis à jour le 05/03/2025.
- Exemple de formation locale « gestes et postures » animée par un kinésithérapeute : Gironde.fr, dispositif départemental d’aide aux aidants (les modalités varient selon les départements).
Cet article ne remplace pas un avis médical ni une formation aux gestes et postures dispensée par un professionnel. En cas de doute sur l’état de votre proche après une chute, consultez un médecin.