Un proche qui renonce à cuisiner, qui repousse sa toilette, qui se perd dans des trajets pourtant familiers : ces signaux isolés inquiètent, mais ils ne disent pas grand-chose seuls. Il existe un outil officiel pour les objectiver, la grille AGGIR, et une échelle qui en résulte, le GIR. Nous expliquons ce que recouvre la perte d’autonomie, comment elle est évaluée, et à quel moment il est raisonnable de déclencher une démarche plutôt que d’attendre.
Qu’est-ce que la perte d’autonomie ?
La perte d’autonomie désigne la difficulté croissante à accomplir seul les gestes essentiels de la vie quotidienne : se laver, s’habiller, se déplacer, s’alimenter, gérer son traitement, communiquer. Elle peut être progressive (vieillissement, maladie chronique) ou brutale (chute, AVC, hospitalisation), et toucher la dimension physique, la dimension cognitive, ou les deux à la fois.
Selon la DREES, entre 500 000 et 1,3 million de personnes de 60 ans ou plus vivant à domicile étaient en perte d’autonomie au sens du GIR en 2022, soit 3 % à 8 % des 16,7 millions de seniors à domicile, une proportion en recul par rapport à 2015 (10 %)[1]. Ce n’est donc ni une fatalité systématique du grand âge, ni un phénomène marginal : c’est une situation qui se mesure, et qui se prépare.
À qui s’adresse ce repérage
Ce sont d’abord les personnes âgées qui sont concernées, mais la perte d’autonomie touche aussi des personnes plus jeunes après un accident, une maladie évolutive ou un handicap acquis. Dans tous les cas, l’entourage joue un rôle clé : c’est très souvent un enfant, un conjoint ou un voisin qui remarque le premier les changements, avant que la personne elle-même ne les évoque ou ne les minimise.
Si vous accompagnez déjà un proche à ce titre, vous êtes peut-être concerné par le statut de proche aidant ou aidant familial, qui ouvre droit à des dispositifs spécifiques distincts de ceux de la personne aidée elle-même.
La grille AGGIR : l’outil officiel pour l’évaluer
La grille AGGIR (Autonomie Gérontologie Groupe Iso-Ressources) est l’outil national utilisé pour mesurer objectivement le niveau de perte d’autonomie d’une personne et déterminer son GIR (Groupe Iso-Ressources)[2]. Elle comporte 17 rubriques, appelées variables :
10 variables discriminantes, les seules qui entrent dans le calcul du GIR : cohérence, orientation, toilette, habillage, alimentation, élimination, transferts (se lever, se coucher, s’asseoir), déplacements à l’intérieur, déplacements à l’extérieur, communication à distance.
7 variables illustratives, qui n’entrent pas dans le calcul mais orientent le plan d’aide : gestion administrative et financière, cuisine, ménage, transport, achats, suivi du traitement, activités de temps libre[2].
Chaque variable est cotée A (fait seul), B (fait partiellement ou avec aide), ou C (ne fait pas), ce qui permet de calculer un groupe unique, le GIR. Cette même grille sert aussi bien à domicile qu’en EHPAD, mais l’évaluateur change selon le cadre : équipe médico-sociale APA du département à domicile, médecin coordonnateur en établissement, ou évaluateur des caisses de retraite pour certaines aides ciblées sur les GIR 5 et 6[2].
Les six groupes GIR, du plus dépendant au plus autonome
- GIR 1 : personne confinée au lit ou au fauteuil, fonctions mentales gravement altérées, présence indispensable et continue d’un intervenant.
- GIR 2 : personne confinée au lit ou au fauteuil avec des fonctions mentales partiellement altérées, ou personne dont les fonctions mentales sont altérées mais qui conserve ses capacités de déplacement.
- GIR 3 : autonomie mentale conservée, autonomie locomotrice partielle, besoin plusieurs fois par jour d’une aide pour les soins corporels.
- GIR 4 : soit la personne n’assure pas seule ses transferts mais se déplace à l’intérieur du logement, soit elle n’a pas de problème de déplacement mais doit être aidée pour la toilette et l’habillage.
- GIR 5 : autonomie pour se déplacer, manger et s’habiller ; aide ponctuelle pour la toilette et les tâches ménagères.
- GIR 6 : personne autonome pour les actes essentiels de la vie courante.
Seuls les GIR 1 à 4 ouvrent droit à l’Allocation personnalisée d’autonomie (APA). Les personnes classées en GIR 5 ou 6 n’y sont pas éligibles, mais peuvent solliciter d’autres aides, notamment celles proposées par leur caisse de retraite[1][3].
Comment se déroule concrètement l’évaluation
À domicile, la demande d’évaluation passe par le conseil départemental (ou la maison départementale de l’autonomie quand elle existe), à l’aide du formulaire national dédié, transmis par courrier ou en ligne selon le département[3]. Le conseil départemental informe le demandeur si le dossier est complet, puis un professionnel de l’équipe médico-sociale APA du département se rend au domicile pour observer la personne dans son quotidien, l’interroger, et remplir la grille AGGIR[2]. Cette visite sert aussi à construire, si l’éligibilité est confirmée, un plan d’aide personnalisé.
Le délai légal maximal entre le dépôt d’un dossier complet et la décision notifiée par courrier est de deux mois[3]. Ce délai concerne l’instruction du dossier APA ; il ne s’applique pas aux évaluations réalisées dans d’autres cadres, par exemple pour une aide de caisse de retraite.
Ce que l’évaluation ouvre comme droits
Un GIR de 1 à 4 conditionne l’accès à l’APA, mais le montant de cette allocation dépend du GIR, des ressources et du plan d’aide retenu : il évolue régulièrement et nous ne l’indiquons pas ici pour éviter de publier un chiffre qui pourrait être déjà dépassé. Pour un montant à jour, l’interlocuteur de référence reste le conseil départemental ou le portail national pour les personnes âgées. Un GIR de 5 ou 6 n’ouvre pas l’APA, mais n’empêche pas de solliciter une aide ménagère ou un plan d’action personnalisé auprès de sa caisse de retraite.
Selon le GIR obtenu, plusieurs types d’intervenants peuvent ensuite entrer en jeu : aide à domicile pour les tâches du quotidien, infirmier pour les soins techniques, SSIAD pour un accompagnement de soins plus soutenu. Notre article aide à domicile, auxiliaire de vie, aide-soignant, infirmier : qui fait quoi détaille ces rôles, et SSIAD, HAD, SPASAD précise dans quels cas passer par un dispositif de soins coordonnés plutôt que par des intervenants isolés. Une fois l’évaluation faite, reste à savoir dans quel ordre enclencher tout ça : notre article organiser le maintien à domicile d’un proche détaille le parcours concret, du premier contact à la coordination des intervenants.
Les erreurs fréquentes à éviter
- Confondre un test en ligne avec l’évaluation officielle. Les simulateurs de grille AGGIR disponibles sur internet donnent une estimation, jamais un GIR opposable : seule la visite d’un professionnel mandaté aboutit à un GIR reconnu par l’administration.
- Attendre une crise pour engager la démarche. Le délai d’instruction de deux mois s’ajoute au temps de préparation du dossier : plus la demande est anticipée, moins elle se fait dans l’urgence.
- Sous-estimer les variables illustratives. Elles ne comptent pas dans le calcul du GIR, mais elles orientent concrètement le plan d’aide (ménage, courses, gestion administrative) : les mentionner à l’évaluateur a un impact réel sur ce qui sera proposé.
- Penser que le GIR est figé. Une aggravation ou une amélioration de l’état de la personne peut justifier une nouvelle demande d’évaluation, à tout moment.
Quand agir : les signes qui doivent alerter
Certains signaux méritent d’engager la démarche sans attendre : des troubles de l’équilibre ou des chutes répétées, une personne qui a besoin d’aide pour se lever, se coucher ou se déplacer, un abandon progressif de la préparation des repas ou du ménage, une perte de repères dans le temps ou l’espace, ou une fatigue chronique inexpliquée. Aucun de ces signes pris isolément ne suffit à conclure, mais leur accumulation ou leur aggravation rapide justifie de solliciter une évaluation plutôt que d’attendre.
Le médecin traitant reste un interlocuteur de premier recours : il peut confirmer qu’une évaluation est pertinente et orienter vers le bon dispositif. Si la situation implique aussi des soins techniques réguliers, en confier l’organisation à un professionnel de santé à domicile permet souvent de sécuriser le quotidien pendant que les démarches administratives suivent leur cours.
Visitadom met en relation avec des infirmiers, kinésithérapeutes et ostéopathes libéraux à domicile. Nous ne réalisons aucun soin nous-mêmes et ne garantissons ni délai ni disponibilité : chaque praticien reste seul responsable de sa prise en charge.
Trouver un praticien à domicile
Ces informations sont données à titre général et ne remplacent pas un avis médical, social ou administratif personnalisé : pour toute décision, rapprochez-vous du médecin traitant et du conseil départemental.
En bref
- La grille AGGIR mesure la perte d’autonomie à travers 17 variables, dont 10 seulement déterminent le GIR.
- Il existe 6 groupes GIR, de GIR 1 (dépendance la plus forte) à GIR 6 (autonomie conservée).
- Seuls les GIR 1 à 4 ouvrent droit à l’APA ; les GIR 5 et 6 relèvent d’autres aides.
- L’évaluation officielle à domicile est réalisée par l’équipe médico-sociale APA du conseil départemental, sur demande.
- Le délai légal d’instruction du dossier APA est de 2 mois maximum après réception d’un dossier complet.
Questions fréquentes
Peut-on évaluer soi-même la perte d’autonomie d’un proche avant la visite officielle ?
On peut observer les signes du quotidien et se familiariser avec les 17 variables de la grille AGGIR pour préparer la visite, mais seule l’évaluation réalisée par un professionnel mandaté aboutit à un GIR reconnu par l’administration. Les simulateurs en ligne donnent au mieux une estimation.
Quelle est la différence entre GIR 3 et GIR 4 ?
En GIR 3, l’autonomie mentale est conservée et la personne a besoin d’une aide plusieurs fois par jour pour les soins corporels. En GIR 4, soit elle ne gère pas seule ses transferts mais se déplace dans le logement, soit elle se déplace sans problème mais a besoin d’aide pour la toilette et l’habillage : la dépendance y est en général moins lourde qu’en GIR 3.
La grille AGGIR est-elle la même à domicile et en EHPAD ?
Oui, c’est le même outil et les mêmes 17 variables. Seul l’évaluateur change : équipe médico-sociale du département à domicile, médecin coordonnateur de l’établissement en EHPAD.
Que faire si le GIR obtenu ne correspond pas à la réalité observée au quotidien ?
Une nouvelle demande d’évaluation peut être déposée auprès du conseil départemental si l’état de la personne évolue. Ce n’est pas une décision figée à vie.
Sources et références
- DREES, Études et Résultats, « Perte d’autonomie à domicile : les seniors moins souvent concernés en 2022 qu’en 2015 » (publié le 14/11/2024, données de l’enquête Autonomie 2022), drees.solidarites-sante.gouv.fr.
- Pour les personnes âgées (gouv.fr), « Comment fonctionne la grille AGGIR ? » (mis à jour le 28/01/2026), pour-les-personnes-agees.gouv.fr ; et « Évaluation de la perte d’autonomie » (mis à jour le 11/02/2025), même portail.
- Pour les personnes âgées (gouv.fr), « Comment faire la demande d’APA à domicile ? » (mis à jour le 30/01/2026), pour-les-personnes-agees.gouv.fr ; recoupé avec Service-public.fr, fiche F10009 (mise à jour le 01/06/2026), service-public.gouv.fr.
Cet article a une visée informative et ne remplace pas un avis médical, social ou administratif personnalisé. Pour votre situation, rapprochez-vous du médecin traitant et du conseil départemental.
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