Une escarre n’est jamais une fatalité. C’est une plaie qui se forme quand la peau reste trop longtemps comprimée entre un os et un support (lit, fauteuil), le plus souvent chez une personne qui bouge peu. Elle se prévient par des gestes simples et répétés, et elle se soigne d’autant mieux qu’elle est repérée tôt. Nous expliquons ce qu’est une escarre, comment reconnaître ses stades, ce que fait l’aidant au quotidien, ce que fait l’infirmier, et quand il faut appeler sans attendre.
Cet article ne remplace pas un avis médical. Devant une plaie qui s’aggrave ou un doute, contactez le médecin traitant ou l’infirmier qui suit votre proche.
Qu’est-ce qu’une escarre ?
Une escarre est une lésion de la peau et parfois des tissus sous-jacents, causée par une pression prolongée, souvent aggravée par un frottement ou un cisaillement (glissement de la peau sur un support). Elle apparaît le plus souvent sur les zones où l’os est proche de la surface de la peau, appelées points d’appui1.
Chez une personne alitée, les zones les plus exposées sont le bas du dos (sacrum), les talons, les fesses, les omoplates et l’arrière de la tête. Chez une personne au fauteuil, ce sont surtout les fesses et les ischions (les os sur lesquels on s’assoit). Une personne qui reste dans la même position plusieurs heures, sans pouvoir se repositionner seule, est la plus exposée. Chez une personne grabataire, alitée en permanence, cette prévention doit démarrer dès le premier jour.

Les 4 stades de l’escarre : les reconnaître tôt change tout
La classification de référence, reprise par la Haute Autorité de Santé, distingue quatre stades2 :
- Stade 1 : la peau reste intacte mais change d’aspect. Une rougeur qui ne blanchit pas quand on appuie dessus, une zone plus chaude ou plus froide que la peau autour, une consistance différente au toucher. C’est le signal à ne jamais ignorer.
- Stade 2 : la peau est entamée en surface (épiderme, parfois le derme). Cela ressemble à une abrasion, une cloque ou une plaie peu profonde.
- Stade 3 : la perte de peau est complète, avec une atteinte du tissu sous la peau, qui peut aller jusqu’au fascia (l’enveloppe qui entoure les muscles) sans le dépasser.
- Stade 4 : l’atteinte est profonde et touche les muscles, les os ou des structures comme les tendons ou les articulations.
Les stades 1 et 2 évoluent en général favorablement si la pression est supprimée rapidement. Les stades 3 et 4 demandent des soins prolongés, sur plusieurs semaines à plusieurs mois, et relèvent d’un suivi infirmier rapproché.
Qui est concerné : les facteurs de risque qui comptent vraiment
De nombreux facteurs sont associés au risque d’escarre : la pression elle-même, le frottement, le cisaillement, l’humidité (transpiration, incontinence), l’état de la peau, une mauvaise circulation, l’âge, un antécédent d’escarre, la déshydratation. Mais selon la HAS, seules l’immobilisation et la dénutrition sont réellement des facteurs prédictifs établis3 : c’est sur ces deux leviers que la prévention agit en priorité.
Concrètement, une personne à risque est une personne qui ne peut pas, ou difficilement, changer seule de position : alitée après une hospitalisation, en perte d’autonomie avancée, ou affaiblie par une dénutrition. La dénutrition fragilise aussi la cicatrisation et la résistance de la peau ; les autorités de santé la relient explicitement au risque de chute et d’escarre chez la personne âgée4. Si un proche mange nettement moins qu’avant ou perd du poids, c’est un signal à ne pas laisser filer, y compris pour la peau.
Prévenir une escarre à domicile : ce qui fait vraiment la différence
La prévention repose sur un petit nombre de gestes, mais réguliers. Ce sont les mêmes recommandations, qu’une infirmière libérale intervienne à domicile ou non.
Changer de position, régulièrement
La HAS recommande de planifier des changements de position toutes les 2 à 3 heures, parfois davantage selon l’état de la personne5. Au fauteuil, la fréquence doit être plus rapprochée qu’au lit, la pression y étant plus concentrée. Quand on installe une personne sur le côté, une position inclinée à 30° (et non à 90°, à plat sur la hanche) réduit le risque d’escarre au niveau de la hanche5. Pour les gestes de manutention qui évitent de se blesser soi-même en repositionnant un proche, notre article sur les transferts et le lever d’un proche détaille les postures à adopter.
Utiliser un support adapté
Un matelas, un surmatelas ou un coussin de siège adapté au niveau de risque de la personne réduit la pression sur les zones d’appui5. Certains de ces dispositifs peuvent être prescrits par un médecin ou, sous conditions, par un infirmier, et pris en charge par l’Assurance Maladie (voir plus bas).
Surveiller la peau à chaque occasion
La HAS recommande d’observer l’état de la peau au moins une fois par jour, à chaque changement de position et lors des soins d’hygiène, en particulier sur les points d’appui5. Il s’agit de regarder, mais aussi de palper : une zone plus chaude, plus indurée ou plus molle que le reste peut annoncer une rougeur avant même qu’elle soit visible.
Limiter l’humidité et bien hydrater la peau
Une peau macérée (transpiration, incontinence) se lèse plus facilement. Un change réalisé rapidement après une fuite urinaire, une toilette suivie d’un séchage soigneux sans frotter, et une peau bien hydratée limitent ce facteur.
Veiller à l’alimentation
Puisque la dénutrition est un facteur prédictif reconnu, une alimentation suffisante en quantité, avec un apport correct en protéines, fait partie de la prévention au même titre que le positionnement. En cas de doute sur l’appétit ou le poids, il vaut mieux en parler au médecin traitant plutôt que d’attendre.
Qui fait quoi à domicile : l’aidant et l’infirmier
C’est souvent le point le moins clair pour les familles. En pratique, les deux rôles se complètent :
L’aidant, au quotidien : aider à changer de position selon le rythme convenu avec l’équipe soignante, veiller à l’hygiène et au change en cas d’incontinence, surveiller l’apparence de la peau lors de la toilette, signaler toute rougeur ou zone qui semble différente, veiller à ce que la personne mange et boive suffisamment.
L’infirmier, en soin : évaluer le risque d’escarre et l’état de la peau lors de son passage, prescrire ou faire prescrire un matériel de prévention adapté (matelas, coussin), traiter une rougeur ou une plaie constituée, poser les pansements adaptés au stade, et coordonner avec le médecin traitant en cas d’évolution défavorable.
Un infirmier à domicile peut aussi former l’aidant familial aux bons gestes de repositionnement et de surveillance, ce qui rassure autant que cela protège. Notre page infirmier à domicile explique comment ce suivi s’organise.
Une rougeur apparaît : que faire, et surtout que ne pas faire
Face à une rougeur qui persiste (stade 1), la conduite recommandée est de supprimer immédiatement la pression sur la zone en changeant la personne de position, et d’utiliser si nécessaire un pansement protecteur transparent en cas d’humidité6. À l’inverse, la HAS est explicite : les massages, frictions, applications de glaçons ou d’air chaud sur une rougeur sont déconseillés6, contrairement à une idée reçue encore répandue. Masser une zone rouge n’accélère rien et peut aggraver la lésion des tissus déjà fragilisés.
Coût et prise en charge
Une ordonnance du médecin traitant reste la voie la plus simple pour obtenir un matelas ou un coussin anti-escarre pris en charge par l’Assurance Maladie au titre de la liste des produits et prestations remboursables (LPPR). Depuis 2012, un infirmier peut aussi, sous certaines conditions et après en avoir informé le médecin traitant, prescrire lui-même certains matelas ou surmatelas de prévention7. Notre article sur l’ordonnance pour des soins infirmiers à domicile détaille ce que doit mentionner une prescription. Le reste à charge dépend du dispositif choisi et du contrat de mutuelle : mieux vaut vérifier ce point avec le pharmacien ou le prestataire de matériel médical avant l’achat ou la location.
Pièges fréquents
- Attendre que la rougeur devienne préoccupante avant d’agir : au stade 1, supprimer la pression suffit souvent à tout arrêter.
- Masser la zone rouge en pensant relancer la circulation : la HAS déconseille cette pratique.
- Utiliser une bouillotte ou un sèche-cheveux sur une zone fragile : la chaleur directe est également déconseillée.
- Négliger les talons, souvent oubliés alors qu’ils sont l’une des zones les plus exposées chez une personne alitée.
- Sous-estimer une baisse d’appétit chez un proche alité, alors que la dénutrition est l’un des deux vrais facteurs de risque reconnus.
Quand demander de l’aide sans attendre
Contactez l’infirmier ou le médecin traitant rapidement si une rougeur ne disparaît pas après suppression de la pression, si une plaie apparaît ou s’étend, en cas d’écoulement, d’odeur inhabituelle, de douleur nouvelle, ou si l’état ne s’améliore pas après quelques jours de soins adaptés. Une escarre qui progresse vite ou touche une personne déjà fragile (dénutrition, maladie chronique) justifie un avis médical sans délai. Si l’organisation des soins à la sortie d’une hospitalisation vous semble complexe, notre article sur l’organisation des soins au retour d’hospitalisation peut aider à structurer les premiers jours, période où le risque d’escarre est souvent le plus élevé.
En bref
- Une escarre naît d’une pression prolongée sur un point d’appui, aggravée par le frottement et l’humidité.
- Quatre stades, du stade 1 (rougeur persistante sur peau intacte) au stade 4 (atteinte des muscles ou des os).
- Seules l’immobilisation et la dénutrition sont des facteurs de risque réellement établis.
- Changer de position toutes les 2 à 3 heures, surveiller la peau à chaque occasion : les deux gestes qui comptent le plus.
- Ne jamais masser une rougeur : la pression, pas le massage, doit être supprimée.
- L’aidant surveille et signale, l’infirmier évalue et soigne : les deux rôles se complètent.
Questions fréquentes
Combien de temps met une escarre à cicatriser ?
Cela dépend entièrement du stade. Une rougeur de stade 1 peut disparaître en quelques jours si la pression est supprimée à temps. Une escarre de stade 3 ou 4 demande en revanche plusieurs semaines, parfois plusieurs mois, de soins infirmiers réguliers.
Faut-il masser une rougeur pour la faire partir ?
Non. Les recommandations de la HAS sont explicites sur ce point : masser, frictionner ou appliquer du froid ou du chaud sur une rougeur est déconseillé. Le bon réflexe est de supprimer la pression en changeant la personne de position.
Une escarre qui sent mauvais est-elle grave ?
Une odeur inhabituelle, un écoulement ou une plaie qui s’aggrave sont des signes qui doivent amener à contacter rapidement l’infirmier ou le médecin traitant, qui évaluera s’il y a une infection à traiter.
Sources & références
- Haute Autorité de Santé (ex-ANAES), Prévention et traitement des escarres de l’adulte et du sujet âgé, conférence de consensus, texte court, 15-16 novembre 2001. has-sante.fr
- HAS, classification en 4 stades reprise du National Pressure Ulcer Advisory Panel (NPUAP, 1998), texte court cité ci-dessus, tableau 1. has-sante.fr
- HAS, texte court cité ci-dessus : « Seules l’immobilisation et la dénutrition sont réellement des facteurs prédictifs du risque d’escarre. »
- Pour les personnes âgées (service public), Les conséquences de la dénutrition pour les personnes âgées, page mise à jour le 09/04/2026. pour-les-personnes-agees.gouv.fr
- HAS, texte court cité ci-dessus : recommandations sur les changements de position (grade B), le décubitus latéral à 30° (grade C), les supports adaptés (grade B) et la surveillance cutanée (grade C).
- HAS, texte court cité ci-dessus : traitement de la rougeur, suppression de la pression et contre-indication des massages, frictions, glace et air chaud.
- Ameli.fr, Les règles de prescription des dispositifs médicaux, rubrique infirmier : droit de prescription de certains matelas et surmatelas anti-escarres par l’infirmier depuis le 31 mars 2012, sous conditions et information du médecin traitant. ameli.fr
Sur le même sujet
- Relever un proche tombé, le transférer sans se blesser
- Personne grabataire : définition, causes et organisation des soins à domicile
- La dénutrition de la personne âgée : la repérer et agir à domicile
- Faut-il une ordonnance pour des soins infirmiers à domicile ?
- Organiser les soins à domicile au retour d’une hospitalisation