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Soins à domicile

Une personne âgée refuse de manger ou de boire : pourquoi, que faire, quand s’inquiéter

11 min de lecture Mis à jour le 2 octobre 2026

Mains d'un aidant tenant celles d'une personne âgée en signe de réconfort

Un proche âgé qui repousse son assiette ou refuse le verre d’eau qu’on lui tend, ce n’est presque jamais un caprice. C’est un signal, et il a une cause qu’on peut chercher. L’équipe Visitadom fait le point sur les raisons possibles de ce refus, sur ce qu’il faut faire (et ne jamais faire) au quotidien, et sur les situations qui doivent vous pousser à consulter sans attendre.

De quoi parle-t-on : refus actif ou perte d’appétit

Il faut distinguer deux situations que l’on confond souvent. L’anorexie du grand âge est une diminution progressive de l’appétit, parfois liée au vieillissement normal de l’organisme (le goût et l’odorat s’atténuent, la sensation de faim et de soif diminue). Le refus alimentaire, lui, est un comportement plus net : la personne détourne la tête, serre les lèvres, repousse la nourriture qu’on lui présente, ou refuse explicitement de boire alors qu’elle en a manifestement besoin.

Cette distinction n’est pas un détail de vocabulaire : elle oriente la suite. Une anorexie progressive relève d’abord d’un travail sur l’appétit et l’environnement du repas. Un refus actif et répété demande une recherche de cause plus systématique, et parfois une réponse plus urgente.

À qui s’adresse cet article

Vous êtes l’aidant d’une personne âgée à domicile et elle repousse ses repas ou son verre d’eau depuis quelques jours, voire plus longtemps. Cet article traite spécifiquement le refus actif, ce moment où la personne dit non ou se détourne, plutôt que le repérage général des signes de dénutrition ou de déshydratation, déjà détaillé dans nos articles dédiés à la dénutrition de la personne âgée et à l’hydratation de la personne âgée. Si vous cherchez plutôt à repérer une perte de poids ou des signes de déshydratation qui s’installent en silence, ce sont ces deux articles qu’il faut lire en premier.

Pourquoi une personne âgée refuse de manger ou de boire

Le groupe de travail « soins palliatifs et gériatrie » de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP) et de la Société française de gériatrie et gérontologie (SFGG) recommande, face à un refus alimentaire, d’écarter méthodiquement trois familles de causes avant de conclure à un refus définitif1.

Une cause organique. Un trouble de la déglutition, une douleur (dentaire, digestive, ou liée à une autre pathologie), une bouche sèche ou une mycose buccale, un effet secondaire médicamenteux (certains antibiotiques ou corticoïdes coupent l’appétit), ou encore une apraxie bucco-pharyngée dans les maladies neurodégénératives. Une infection en cours, même sans fièvre marquée, peut aussi couper l’appétit du jour au lendemain.

Une cause psychologique. Une dépression sévère, qui peut aller jusqu’à un refus alimentaire signifiant un désir de mort non exprimé autrement. Un syndrome dit « de glissement » (voir notre article sur le syndrome de glissement chez la personne âgée) : repli sur soi, refus de contact, régression rapide, souvent après un choc (entrée en institution, deuil, chute, hospitalisation). Plus rarement, un état délirant où la personne craint la nourriture elle-même.

Une cause liée à l’environnement. Repas pris seul, dans la précipitation, sans les goûts ni les habitudes de toujours ; isolement social qui retire tout plaisir au moment du repas (notre article sur l’isolement de la personne âgée à domicile détaille ce mécanisme) ; ou simplement une entrée en institution vécue comme une rupture.

La page « Dénutrition des personnes âgées » du site officiel pour-les-personnes-agees.gouv.fr confirme ce même faisceau de causes côté prévention : altération du goût et de l’odorat, isolement, difficultés financières, problèmes dentaires rendant la mastication difficile, polymédication, maladies chroniques comme la dépression ou une maladie d’Alzheimer2.

Ce qui aide, au quotidien, sans jamais forcer

Le réflexe à ne jamais avoir : forcer. Insister, culpabiliser, ou faire manger de force une personne qui tourne la tête ne fait qu’ajouter de la détresse à une situation déjà difficile, et peut créer un risque de fausse route. La fiche SFAP/SFGG le rappelle explicitement aux soignants comme aux proches1.

  • Proposer de petites quantités, plus souvent dans la journée, plutôt que d’imposer trois repas complets.
  • Privilégier les plats et les boissons que la personne a toujours aimés, plutôt que ce qui est jugé « équilibré » sur le papier.
  • Adapter les textures en cas de gêne à mâcher ou à avaler (eau gélifiée, soupes, compotes, aliments mixés).
  • Partager le moment du repas plutôt que de le laisser seul devant son assiette : la présence compte autant que le contenu.
  • Soigner l’hygiène buccale avant les repas : une bouche sèche ou douloureuse suffit à couper l’envie de manger.

Si le refus se prolonge au-delà de quelques jours malgré ces ajustements, l’étape suivante n’est pas d’insister davantage : c’est d’en parler au médecin traitant, qui peut rechercher une cause organique ou psychologique et, si besoin, orienter vers un diététicien.

Schéma présentant trois situations de refus alimentaire chez la personne âgée et leur orientation : refus ponctuel vers le médecin traitant, refus qui s'installe vers un infirmier ou un médecin sans attendre, contexte de fin de vie vers le confort et l'accompagnement sans forçage
Trois situations, trois réponses. Un refus ponctuel (un ou deux repas sautés, une douleur, un nouveau médicament) s’évoque avec le médecin traitant. Un refus qui s’installe depuis plusieurs jours, avec une perte de poids visible, demande de solliciter un infirmier ou un médecin sans attendre. Dans un contexte de fin de vie déjà identifié, la priorité passe au confort et à l’accompagnement, jamais au forçage. Schéma de principe, non médical.

Quand ce refus doit alerter

Certains signes ne doivent pas attendre le prochain rendez-vous programmé :

  • Le refus concerne aussi bien les solides que les liquides depuis plusieurs jours.
  • Une perte de poids devient visible, ou les vêtements flottent soudainement.
  • Le refus s’accompagne d’une confusion nouvelle, d’une grande fatigue ou d’un changement de comportement brutal : dans ce cas, notre article sur la confusion soudaine chez la personne âgée détaille les signes qui justifient un appel au médecin, voire au 15.
  • La personne exprime, même de façon détournée, une lassitude de vivre ou un désir de mourir : c’est un signe de gravité qui justifie une consultation rapide, jamais un sujet à minimiser.

Le cas particulier de la fin de vie

Chez une personne dont la maladie grave est déjà connue et suivie, un refus alimentaire calme, qui s’installe sans souffrance visible, peut correspondre à autre chose qu’un problème à corriger : le corps qui a de moins en moins besoin de s’alimenter. La fiche SFAP/SFGG rappelle qu’à ce stade, la faim n’apparaît plus comme dans un jeûne ordinaire, et que l’objectif des soins bascule vers le confort : soins de bouche fréquents, boissons appréciées proposées sans insister, lutte contre la douleur, présence1.

Sur le plan légal, la loi du 2 février 2016 dite Claeys-Léonetti reconnaît la nutrition et l’hydratation artificielles comme des traitements, au sens de l’article L. 1110-5-1 du code de la santé publique. À ce titre, une personne peut les refuser ou en demander l’arrêt, comme pour tout autre traitement ; si elle n’est plus en état d’exprimer sa volonté, ses directives anticipées ou, à défaut, une procédure collégiale associant la personne de confiance permettent de statuer. La loi impose que cet arrêt soit accompagné de soins palliatifs, le cas échéant d’une sédation profonde et continue jusqu’au décès, pour que la personne ne souffre pas3.

« Est-il éthiquement acceptable de ne pas nourrir une personne qui ne veut plus s’alimenter ? » Le groupe SFAP/SFGG répond en rappelant le principe d’autonomie, celui de non-malfaisance, et celui de proportion : ne pas imposer un traitement dont l’inconfort dépasserait le bénéfice attendu.

Fiche pratique « Le refus alimentaire chez la personne âgée en fin de vie », groupe SFAP/SFGG soins palliatifs et gériatrie

Cette question ne se tranche jamais seul, à domicile, dans l’urgence : c’est le médecin traitant, en lien avec une équipe de soins palliatifs si elle est déjà impliquée, qui accompagne cette décision. Notre article sur les soins palliatifs à domicile détaille comment cet accompagnement se met en place. Aucune règle générale ne permet de dire, à l’avance, combien de temps une personne peut vivre en mangeant très peu : cela dépend entièrement de son état de santé global, et seul un professionnel qui la suit peut en parler avec la famille.

Ce que peut apporter un accompagnement professionnel

Selon la situation, plusieurs professionnels peuvent intervenir à domicile : le médecin traitant pour rechercher une cause et, si besoin, orienter vers un diététicien ; un infirmier à domicile pour la surveillance du poids, l’aide à la prise des repas ou des soins de bouche ; une équipe d’hospitalisation à domicile si la situation devient plus lourde à gérer seul. Visitadom met en relation avec des professionnels de santé à domicile, sans se substituer à eux ni garantir délai ou disponibilité : chaque intervention reste décidée avec le médecin traitant, qui pourra aussi préciser les conditions de prise en charge, les tarifs évoluant régulièrement.

Trouver un professionnel de santé à domicile

Les pièges fréquents à éviter

  • Forcer ou négocier fermement : cela renforce souvent l’opposition et peut provoquer une fausse route.
  • Culpabiliser la personne (« si tu ne manges pas, tu vas t’affaiblir ») : le refus n’est pas un choix de confort, il a une cause à chercher.
  • Attendre que ça passe quand le refus dure depuis plusieurs jours, en espérant que l’appétit revienne seul.
  • Confondre refus réversible et fin de vie sans avis médical : seul un professionnel qui connaît le dossier peut faire la distinction.

Quand demander de l’aide

Le médecin traitant reste le premier interlocuteur dès qu’un refus dure plus de deux ou trois jours, ou s’accompagne d’une perte de poids, d’une grande fatigue ou d’un changement de comportement. En cas de signes de gravité (troubles de la conscience, grande faiblesse, difficulté à respirer), appelez le 15 sans attendre. Cet article ne remplace pas un avis médical.

En bref

  • Un refus alimentaire a presque toujours une cause : organique, psychologique ou liée à l’environnement du repas.
  • Ne jamais forcer : proposer de petites quantités, les plats préférés, et partager le moment du repas.
  • Un refus qui dure plus de deux ou trois jours, ou une perte de poids visible, justifient d’en parler au médecin traitant sans attendre.
  • En contexte de fin de vie déjà identifié, la loi Claeys-Léonetti reconnaît le droit de refuser l’alimentation et l’hydratation artificielles, avec un accompagnement en soins palliatifs obligatoire.

Questions fréquentes

Faut-il forcer une personne âgée à manger pour éviter la dénutrition ?
Non. Forcer aggrave souvent l’opposition et expose à un risque de fausse route. Mieux vaut chercher la cause du refus et en parler au médecin traitant si la situation se prolonge.

Un refus de boire est-il plus urgent qu’un refus de manger ?
Oui, en règle générale : la déshydratation s’installe plus vite que la dénutrition. Notre article sur l’hydratation de la personne âgée détaille les signes qui doivent alerter rapidement.

Le refus alimentaire signifie-t-il toujours que la fin de vie approche ?
Non. La très grande majorité des refus alimentaires ont une cause traitable (douleur, dépression, effet médicamenteux, problème dentaire). Le contexte de fin de vie ne se pose que chez une personne dont une maladie grave est déjà connue et suivie, et cette évaluation revient au médecin, jamais à l’entourage seul.

Que faire si mon proche refuse aussi de prendre ses médicaments ?
Ce refus a lui aussi une cause à rechercher (goût, difficulté à avaler, effets ressentis) et doit être signalé au médecin traitant ou au pharmacien plutôt que résolu seul, certains médicaments ne pouvant pas être écrasés ou mélangés sans risque.

Sources & références

  1. Groupe SFAP/SFGG « soins palliatifs et gériatrie », fiche pratique « Le refus alimentaire chez la personne âgée en fin de vie », juin 2007. sfap.org
  2. Pour-les-personnes-agees.gouv.fr, « Dénutrition des personnes âgées : la repérer et la prévenir », mise à jour du 20/01/2025. pour-les-personnes-agees.gouv.fr
  3. Santé.fr (ministère chargé de la Santé), « Quand peut intervenir un arrêt de nutrition et d’hydratation artificielles ? », publié le 08/11/2019, et « Mieux répondre au droit de mourir dans la dignité avec la loi Claeys-Léonetti », publié le 10/04/2024. sante.fr

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