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Soins à domicile

Syndrome de glissement chez la personne âgée : le reconnaître et réagir vite

13 min de lecture

Femme âgée au regard las, appuyée contre une fenêtre, image d'un proche qui semble se replier sur lui-même

Un parent âgé qui, en quelques jours, ne mange plus, ne se lève plus et ne semble plus rien attendre de rien : on parle souvent de « syndrome de glissement ». Le mot est parlant, il fait peur, et il est aujourd’hui contesté par une partie des gériatres eux-mêmes. L’équipe Visitadom explique ce qu’il recouvre, pourquoi il ne faut jamais s’en contenter comme explication, et ce que vous pouvez faire, concrètement, quand un proche semble « se laisser glisser ».

Le syndrome de glissement, de quoi parle-t-on

L’expression a été proposée en 1956 par le gériatre français Jean Carrié1. Elle décrit une dégradation rapide et globale de l’état d’une personne âgée fragile, à la fois physique et psychique, qui survient après un événement marquant : une maladie aiguë, une chute, une opération, une hospitalisation, un deuil, un déménagement ou une entrée en établissement. Une publication de psychiatrie de 2010 la résume comme un état de déstabilisation sérieuse associant perte d’appétit, dénutrition, repli sur soi et opposition, qui apparaît souvent après un intervalle libre, une fois l’événement déclencheur passé2.

Concrètement, les proches décrivent presque toujours le même tableau : la personne cesse de s’alimenter et de boire, reste au lit ou dans son fauteuil, refuse la toilette, les visites ou les soins, parle de moins en moins, et donne le sentiment d’avoir « lâché prise ». Tout cela en quelques jours ou quelques semaines, pas en quelques mois.

Un terme discuté, et pourquoi c’est important pour vous

C’est le point que la plupart des pages grand public passent sous silence : le syndrome de glissement n’est pas un diagnostic reconnu dans les classifications internationales des maladies. C’est une notion propre à la gériatrie française, qui n’a jamais été validée par des études solides3.

Plusieurs gériatres invitent désormais à s’en méfier. Le Pr Gilles Berrut, ancien président de la Société française de gériatrie et gérontologie (SFGG), a publié en 2024 un « essai de déconstruction » de ce terme : selon lui, son usage a l’inconvénient majeur de conduire à une absence de démarche clinique et thérapeutique, ce qui représente une perte de chance pour le patient4. La SFGG a relayé en 2025 son analyse d’un concept qui « sonne souvent comme une fatalité »5. Une revue publiée en 2019 aboutit à la même conclusion : ce que l’on appelle glissement relève le plus souvent d’autres troubles identifiables, comme l’apathie, la dépression ou un état délirant, et le mot risque de « bloquer la discussion diagnostique »3.

« Toute personne âgée dans une situation ressemblant à ce que l’on appelle un syndrome de glissement doit bénéficier d’une démarche clinique rigoureuse, et ne pas être considérée comme au-delà de toute ressource thérapeutique. C’est une question de dignité et de qualité des soins. »

Pr Gilles Berrut, Gériatrie et Psychologie Neuropsychiatrie du Vieillissement, 2024 (traduction du résumé par nos soins)

Pour un aidant, cette controverse a une conséquence très pratique : si l’on vous dit que votre proche « glisse », la bonne question à poser est « qu’est-ce qui a été recherché ? ». Le mot décrit une situation, il n’en donne pas la cause.

À qui s’adresse cet article

Il s’adresse aux proches d’une personne âgée vivant à domicile, ou qui vient d’en sortir après une hospitalisation, et dont l’état s’est brusquement dégradé. Si votre inquiétude porte surtout sur le refus de manger ou de boire, notre article sur la personne âgée qui refuse de manger ou de boire détaille ce symptôme en particulier. Si la personne est devenue confuse du jour au lendemain, lisez d’abord celui sur la confusion soudaine chez la personne âgée. Et si la perte d’autonomie est ancienne et s’est installée progressivement, la situation est différente : notre article sur la personne grabataire y est consacré.

Les signes qui doivent alerter

Pris isolément, aucun de ces signes n’est spécifique. C’est leur association, leur rapidité d’apparition et leur survenue après un choc qui doivent vous faire réagir :

  • la personne mange et boit beaucoup moins, ou plus du tout ;
  • elle ne se lève plus, ne s’habille plus, refuse la toilette ;
  • elle se replie, ne répond plus ou très peu, ne s’intéresse plus à ce qui comptait pour elle ;
  • elle s’oppose aux soins, aux médicaments, aux visites ;
  • elle exprime, parfois de façon détournée, qu’elle « n’en peut plus » ou qu’elle voudrait « partir ».

Le site officiel pour-les-personnes-agees.gouv.fr liste, pour la dépression du sujet âgé, des signaux d’alerte très proches : fatigue marquée ou durable, sentiment d’isolement, perte de poids, refus de s’alimenter ou de prendre ses médicaments, personne qui se néglige, usage récent ou accru de somnifères ou d’alcool6. Ce recoupement n’est pas un hasard : la dépression est l’une des causes à rechercher en priorité.

Derrière le « glissement », des causes à rechercher

Une étude menée à l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille, publiée fin 2025, a analysé les dossiers de 419 patients de 75 ans et plus hospitalisés entre 2019 et 2023 sous ce type de diagnostic7. Elle montre à quel point l’étiquette recouvre des problèmes bien réels : une infection était associée dans 57,5 % des cas, un trouble des électrolytes (les sels minéraux du sang) dans 47 %, une dénutrition dans 48,9 %. Près des deux tiers des patients prenaient au moins cinq médicaments, et un tiers des antidépresseurs ou des benzodiazépines.

Schéma en trois étapes : un choc récent (chute, hospitalisation, deuil, déménagement), puis un déclin rapide (ne mange plus, ne se lève plus, se replie, refuse l'aide), puis consulter sans attendre le médecin traitant. En dessous, cinq causes souvent traitables que le médecin recherche : infection, déshydratation, dénutrition, médicaments, dépression. En bas, appeler le 15 en cas de signes de gravité et le 3114 si la personne exprime des idées de mort.
Un proche âgé qui décline vite après un choc (chute, hospitalisation, deuil, déménagement) doit être vu rapidement par son médecin traitant. Celui-ci recherche des causes souvent traitables : infection, déshydratation, dénutrition, effet des médicaments, dépression, mais aussi douleur, déséquilibre des sels minéraux ou maladie qui débute. En cas de refus total de boire, de confusion, de somnolence ou de difficulté à respirer, appelez le 15 ; si la personne exprime des idées de mort, le 3114 répond jour et nuit. Schéma de principe, non médical.

Les publications récentes convergent vers la même démarche4, 7 :

  • Une cause physique : infection (urinaire, pulmonaire), déshydratation, trouble des sels minéraux, douleur mal soulagée, maladie qui débute à bas bruit. Notre article sur l’infection urinaire chez la personne âgée montre combien ses signes peuvent être trompeurs à cet âge.
  • Une cause médicamenteuse : un traitement nouveau, un surdosage, une accumulation de médicaments, en particulier ceux qui agissent sur le cerveau. La réévaluation de l’ordonnance fait partie des recommandations de l’étude marseillaise.
  • Une cause nutritionnelle : la dénutrition, qui entretient la fatigue et le repli (voir notre article sur la dénutrition de la personne âgée).
  • Une cause psychique : un épisode dépressif caractérisé, une apathie, parfois un état délirant. Ces troubles se soignent aussi à 80 ou 90 ans.

L’histoire rapportée en 2024 par une équipe marseillaise l’illustre : une personne de 88 ans hospitalisée pour « glissement » était en réalité atteinte d’une infection du cœur (endocardite), d’un cancer digestif et d’un épisode dépressif, découverts grâce à un bilan complet1. Un cas isolé ne fait pas une statistique, mais il montre ce qu’on peut manquer en s’arrêtant au mot.

Ce n’est qu’une fois ces causes recherchées et écartées que l’on peut conclure à une fin de vie et orienter vers une démarche de soins palliatifs, qui relève alors d’une expertise à part entière4. Notre article sur les soins palliatifs à domicile explique comment ils s’organisent.

Que faire, concrètement, à domicile

Contacter le médecin traitant rapidement, dans les jours qui viennent, sans attendre que « ça passe ». Préparez l’échange en notant :

  • la date et la nature de l’événement déclencheur (chute, sortie d’hôpital, deuil, changement de lieu de vie) ;
  • ce qui a changé depuis, et à quelle vitesse : repas, boissons, lever, toilette, paroles ;
  • les médicaments pris, y compris ceux ajoutés récemment, et les somnifères ;
  • une éventuelle perte de poids, de la fièvre, des troubles urinaires, une douleur ;
  • les phrases prononcées par votre proche sur son envie de vivre ou de mourir.

En attendant, quelques gestes aident sans jamais forcer : proposer à boire souvent, par petites quantités, et les aliments qu’il ou elle a toujours aimés (notre article sur l’hydratation de la personne âgée donne des astuces pratiques) ; maintenir une présence, des routines et des contacts, même brefs ; ne pas se substituer entièrement à la personne pour tout ce qu’elle peut encore faire. La publication de 2010 souligne d’ailleurs que la relation avec l’entourage est à la fois fragile et indispensable dans ces situations, et qu’un tiers professionnel est souvent nécessaire pour soutenir le lien entre l’aidant et la personne aidée2.

Quand appeler en urgence

Appelez le 15 (ou le 112)8 sans attendre si votre proche ne boit plus du tout, devient confus ou très somnolent, a du mal à respirer, ou si son état se dégrade d’heure en heure.

S’il ou elle exprime des idées de mort ou un désir de mourir, prenez-le au sérieux. Les plus de 65 ans sont la tranche de la population la plus exposée au risque de décès par suicide6. Le 3114, numéro national de prévention du suicide, est gratuit et joignable 24 heures sur 24 ; des soignants formés y répondent, et vous pouvez l’appeler en tant que proche8.

Qui peut intervenir, et comment c’est pris en charge

Le médecin traitant est le premier interlocuteur : il examine, prescrit les examens utiles (prise de sang, analyse d’urine), revoit l’ordonnance et décide d’une éventuelle hospitalisation, idéalement en service de gériatrie. Dans l’étude marseillaise, l’admission dans une unité gériatrique était associée à une mortalité plus faible à 30 jours7, ce qui plaide pour une prise en charge par une équipe spécialisée du grand âge quand elle est possible. Le psychiatre, le gériatre ou le centre médico-psychologique (CMP) de secteur peuvent être sollicités si une dépression est suspectée8.

À domicile, un infirmier peut assurer, sur prescription médicale, la surveillance de l’hydratation, du poids et de la prise des traitements, et faire le lien avec le médecin. Ces consultations et soins relèvent de la prise en charge habituelle par l’Assurance Maladie, dans les conditions de droit commun ; si la situation l’exige, le médecin peut aussi proposer une hospitalisation à domicile. Visitadom vous met en relation avec des professionnels de santé qui se déplacent à domicile, sans se substituer à eux ni garantir de délai ou de disponibilité : les soins restent décidés avec le médecin.

Trouver un professionnel de santé à domicile

Les pièges fréquents

  • Se dire que « c’est l’âge » ou que la personne « a décidé de partir », sans qu’aucune cause n’ait été recherchée.
  • Attendre plusieurs jours en espérant que l’appétit et l’envie reviennent seuls : le déclin peut être rapide.
  • Forcer à manger ou culpabiliser : cela renforce l’opposition et expose à un risque de fausse route.
  • Tout faire à la place de la personne par bienveillance : cela peut accélérer la perte d’autonomie.
  • S’épuiser seul : ces situations sont éprouvantes pour les proches, et demander du relais n’est pas un échec.

Et vous, l’aidant ?

Voir un parent « lâcher prise » provoque souvent colère, culpabilité ou sentiment d’impuissance. Ces réactions sont normales et décrites dans la littérature2. Des lignes d’écoute existent pour les proches, par exemple « Avec nos proches » (01 84 72 94 72, tous les jours de 8 h à 22 h), citée par le site officiel pour-les-personnes-agees.gouv.fr8. Notre article sur le répit et le soutien de l’aidant familial recense les autres ressources.

Cet article est informatif et ne remplace pas un avis médical. Devant une dégradation rapide de l’état d’un proche âgé, seul un professionnel de santé qui l’examine peut en déterminer la cause.

En bref

  • Le « syndrome de glissement » désigne un déclin rapide, physique et psychique, d’une personne âgée fragile après un choc.
  • Ce n’est pas un diagnostic reconnu internationalement, et plusieurs gériatres demandent de ne pas s’en contenter.
  • Derrière, on retrouve souvent des causes traitables : infection, déshydratation, dénutrition, médicaments, dépression.
  • Réflexe : consulter le médecin traitant sans attendre ; le 15 en cas de signe de gravité, le 3114 en cas d’idées de mort.

Questions fréquentes

Combien de temps dure un syndrome de glissement ?
Il n’existe pas de durée type. Le déclin s’installe en quelques jours ou semaines, et son évolution dépend entièrement de la cause trouvée et de la rapidité de la prise en charge. C’est précisément pour cela qu’il ne faut pas attendre.

Peut-on s’en remettre ?
Oui, lorsque la cause est identifiée et traitée : une infection, une déshydratation, un effet médicamenteux ou une dépression se soignent. L’étude marseillaise de 2025 rappelle toutefois que les personnes concernées sont très fragiles, avec une mortalité élevée à court terme (22 % à l’hôpital et 36 % dans le mois suivant la sortie, dans cette série)7, d’où l’importance d’agir vite.

Est-ce la même chose qu’une dépression ?
Pas exactement, mais la dépression en est l’une des causes les plus fréquentes et doit toujours être recherchée3. Elle se traite à tout âge, avec un accompagnement psychologique et, si besoin, un traitement.

Sources & références

  1. Bretelle F. et al., « Le syndrome de glissement gériatrique : entre diagnostic illusoire et réalité clinique », Gériatrie et Psychologie Neuropsychiatrie du Vieillissement, 2024;22(2):155-158 (cas clinique). PubMed 39023150
  2. Weimann Péru N., Pellerin J., « Le syndrome de glissement : description clinique, modèles psychopathologiques, éléments de prise en charge », L’Encéphale, 2010;36 Suppl 2:D1-6 (revue). PubMed 20513452
  3. Desmidt T., « Le syndrome de glissement », La Revue du Praticien, 2019;69(1):80-82 (revue). PubMed 30983294
  4. Berrut G., « Essai de déconstruction du syndrome de glissement », Gériatrie et Psychologie Neuropsychiatrie du Vieillissement, 2024;22(2):145-154 (article de réflexion). PubMed 39023149
  5. Société française de gériatrie et gérontologie, revue de presse, « Syndrome de glissement : un concept âgiste à déconstruire ! (ITV du Pr Gilles Berrut) », 13/05/2025. sfgg.org
  6. Pour-les-personnes-agees.gouv.fr, « Dépression des personnes âgées : comment la repérer et la traiter ? », mise à jour du 11/09/2026. pour-les-personnes-agees.gouv.fr
  7. Iber O. et al., « Hospitalisation et devenir des patients âgés codés syndrome de glissement : étude rétrospective à l’AP-HM », Gériatrie et Psychologie Neuropsychiatrie du Vieillissement, 2025;23(4):485-492 (étude rétrospective monocentrique, 419 patients). PubMed 41627013
  8. Pour-les-personnes-agees.gouv.fr, « Santé mentale : à qui s’adresser quand des difficultés apparaissent ? », mise à jour du 04/09/2026. pour-les-personnes-agees.gouv.fr

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